IA dans les collectivités françaises : 77% ont adopté ou prévoient des projets en 2025
Jacky West / December 2, 2025
IA dans les collectivités françaises : 77% ont adopté ou prévoient des projets en 2025
L'intelligence artificielle et la gestion des données ne sont plus des concepts abstraits pour les collectivités territoriales françaises. Selon les dernières études, 77% d'entre elles ont déjà mis en œuvre ou prévoient de déployer des projets d'IA dans les prochains mois. Une tendance qui démontre que le secteur public local est loin d'être à la traîne dans l'adoption des technologies avancées, contrairement aux idées reçues. Cet essor s'accompagne toutefois de défis spécifiques liés à la taille des collectivités, aux contraintes budgétaires et aux enjeux de confiance.
État des lieux : les collectivités françaises à l'avant-garde de l'IA
"L'IA se déploie considérablement dans les collectivités locales depuis 2 ou 3 ans, et ce, plus vite que dans certains secteurs d'activité économique", affirmait Jacques Priol, président du cabinet Civiteo et co-fondateur du collectif Data Publica, lors du salon Data & IA de Nantes en septembre 2025. Cette observation tord le cou à une idée reçue tenace selon laquelle le secteur public serait en retard sur l'adoption des technologies d'IA.
La note de conjoncture data, intelligence artificielle et cybersécurité publiée par La Banque des Territoires et La Poste, avec l'aide de l'Observatoire DataPublica, confirme cette tendance. Les chiffres sont éloquents : 77% des collectivités ont mis en œuvre (49%) ou prévoient de déployer (28%) au moins un projet d'intelligence artificielle dans les prochains mois. Une progression significative par rapport à l'année précédente où cette proportion n'atteignait que 51%.
Pour la gestion des données, le constat est similaire avec 74% des collectivités ayant déjà expérimenté ou prévoyant d'expérimenter un projet de gestion par la donnée.
Des usages de la donnée centrés sur les missions fondamentales
Les collectivités ne se tournent pas vers la data et l'IA par simple effet de mode. Leurs usages sont étroitement liés à leurs missions fondamentales et aux services qu'elles doivent rendre aux citoyens. Trois domaines d'application se distinguent particulièrement :
| Domaine d'application | Pourcentage d'adoption | Évolution |
|---|---|---|
| Gestion interne | 69% | Stable |
| Politiques environnementales | 66% | En hausse |
| Gestion de la mobilité | 60% | Stable |
| Aménagement du territoire | 58% | +22 points en un an |
| Développement économique | 53% | +11 points en un an |
L'utilisation des données pour l'aménagement du territoire connaît la plus forte progression (+22 points en un an), suivie par le développement économique (+11 points). Ces chiffres témoignent d'une appropriation croissante des outils data pour répondre aux défis concrets des territoires.
Une fracture numérique persistante entre collectivités
Si la tendance générale est à l'adoption croissante des technologies data et IA, d'importantes disparités subsistent selon la taille et le type des collectivités. Les métropoles et les régions font figure de locomotives :
- 60% des métropoles et régions se déclarent avancées ou très avancées dans leurs usages de la data
- 90% des métropoles ont déjà des projets d'IA en cours
- 85% des régions ont déployé au moins une initiative basée sur l'IA
À l'opposé, les petites communes accusent un retard significatif. Seulement 15% des communes de moins de 3 500 habitants ont mis en place des projets d'IA. Cette fracture numérique territoriale soulève la question de la mutualisation des ressources et des compétences à l'échelon intercommunal ou départemental.
Maturité inégale dans l'utilisation des données
La maturité des collectivités en matière d'utilisation des données reste également très variable. Si 26% d'entre elles se qualifient d'avancées et mobilisent régulièrement les données dans plusieurs politiques ou services, la moitié (50%) reconnaît que leurs usages sont encore ponctuels ou expérimentaux.
Cette situation reflète les défis auxquels font face les collectivités : manque d'expertise interne, contraintes budgétaires, et parfois absence de vision stratégique claire. En effet, seulement 50% des collectivités ont adopté ou prévoient d'adopter un document stratégique pour se fixer des objectifs et des priorités sur la gestion des données.
La confiance des citoyens : un atout majeur pour les collectivités
Dans un contexte où la défiance envers les technologies numériques et particulièrement l'IA est grandissante, les collectivités territoriales bénéficient d'un capital confiance remarquable auprès des citoyens. 64% des Français disent faire confiance à leur commune ou à leur intercommunalité pour bien utiliser et gérer les données.
Cette confiance constitue un atout précieux, d'autant plus que 68% des Français se disent méfiants face à la diffusion des outils d'IA en général. Les collectivités disposent donc d'une légitimité particulière pour développer des services innovants basés sur l'IA, à condition de maintenir une approche transparente et éthique.

Enjeux de souveraineté et de sobriété numérique
Au-delà de l'adoption technique, les collectivités françaises sont particulièrement attentives aux enjeux de souveraineté numérique et de sobriété. La question du stockage et du traitement des données sur le territoire national ou européen, ainsi que la maîtrise des algorithmes utilisés, font partie intégrante des réflexions stratégiques.
De même, la sobriété numérique s'impose comme une préoccupation croissante, en cohérence avec les politiques environnementales portées par ces mêmes collectivités. L'optimisation de la consommation énergétique des infrastructures numériques et la limitation de l'empreinte carbone des projets data et IA s'inscrivent dans cette démarche responsable.
Perspectives et recommandations pour accélérer la transformation
Pour accompagner cette dynamique positive tout en réduisant les inégalités territoriales, plusieurs pistes d'action se dessinent :
- Mutualiser les ressources : développer des plateformes de services partagés à l'échelle départementale ou régionale pour permettre aux petites collectivités d'accéder aux technologies avancées
- Renforcer les compétences : former les agents territoriaux aux enjeux de la data et de l'IA pour créer une culture de l'innovation au sein des administrations locales
- Favoriser les échanges de bonnes pratiques : documenter et partager les expériences réussies pour éviter de réinventer la roue
- Développer des partenariats public-privé : collaborer avec l'écosystème local d'innovation pour co-construire des solutions adaptées aux besoins spécifiques des territoires
- Impliquer les citoyens : mettre en place des démarches participatives pour s'assurer que les projets data et IA répondent aux attentes réelles de la population
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Conclusion : l'IA territoriale, un mouvement de fond irréversible
L'adoption croissante de l'IA et des technologies data par les collectivités françaises n'est pas un phénomène passager mais bien un mouvement de fond qui transforme profondément l'action publique locale. Avec 77% des collectivités engagées ou prêtes à s'engager dans des projets d'IA, le secteur public local démontre sa capacité à innover malgré un contexte budgétaire contraint.
Les disparités territoriales restent un défi majeur, mais les succès des métropoles et des régions tracent la voie à suivre. L'enjeu pour les années à venir sera de démocratiser ces technologies avancées tout en préservant la confiance des citoyens, en garantissant la souveraineté des données et en respectant les impératifs de sobriété numérique.
Les collectivités territoriales françaises ne font plus de la figuration dans le domaine de l'IA et de la data. Elles s'affirment comme des acteurs à part entière de cette révolution technologique, avec leurs spécificités, leurs contraintes mais aussi leurs atouts uniques pour développer une IA de proximité, au service de l'intérêt général.