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Midjourney face à Disney et NBC : le procès qui menace l'IA générative

Jacky West / July 9, 2025

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Midjourney face à Disney et NBC : le procès qui menace l'IA générative

L'intelligence artificielle générative traverse une période charnière en matière de droits d'auteur. Disney et NBCUniversal viennent de lancer une offensive judiciaire majeure contre Midjourney, l'un des outils de génération d'images les plus populaires. Cette action en justice pourrait redéfinir les règles du jeu pour l'ensemble du secteur de l'IA créative. Analysons les enjeux de ce conflit et ses implications potentielles pour l'avenir de la création numérique.

La plainte historique : un tournant pour l'industrie de l'IA

Le 12 juin 2025, deux géants du divertissement ont déposé une plainte commune contre Midjourney. Disney (propriétaire de franchises comme Star Wars, Marvel et ses classiques d'animation) et NBCUniversal (détenteur de licences comme Shrek, Dragons et Kung Fu Panda) accusent l'entreprise d'IA de violation massive de droits d'auteur.

Dans leur plainte de 110 pages, les deux conglomérats décrivent Midjourney comme "la quintessence du parasitisme en matière de droit d'auteur et un gouffre sans fond de plagiat". Ils affirment que l'outil s'approprie leurs œuvres protégées pour générer et distribuer des images incorporant leurs personnages célèbres, sans autorisation ni compensation financière.

Cette action en justice constitue la première offensive d'envergure menée par des studios hollywoodiens contre une entreprise d'IA générative. La démarche pourrait créer un précédent juridique majeur et inciter d'autres détenteurs de propriété intellectuelle à emboîter le pas à Disney et NBCUniversal.

Le cœur du problème : génération sans autorisation

Le fonctionnement de Midjourney repose sur un modèle d'IA entraîné sur d'immenses quantités d'images collectées sur internet. Cet apprentissage lui permet de générer des visuels dans pratiquement n'importe quel style, y compris des représentations très fidèles de personnages protégés par copyright.

Comme l'a constaté Numerama, il reste extrêmement simple de produire des images de personnages comme Mario, Mickey, Rey de Star Wars ou les personnages des Simpson avec cet outil. Cette capacité, divertissante pour les utilisateurs, représente une violation directe des droits de propriété intellectuelle selon les plaignants.

"Le piratage est le piratage, et le fait qu'une image ou une vidéo contrefaite soit réalisée à l'aide de l'IA ou d'une autre technologie ne la rend pas moins contrefaite", affirment Disney et NBCUniversal dans leur plainte. Ils soulignent également que Midjourney tire un profit commercial de ces infractions en vendant des abonnements qui permettent précisément ces générations.

Entreprise Franchises concernées Position sur l'IA générative
Disney Star Wars, Marvel, Mickey, La Reine des neiges, etc. Opposition ferme à l'utilisation non autorisée
NBCUniversal Shrek, Dragons, Moi moche et méchant, etc. Opposition ferme à l'utilisation non autorisée
Midjourney N/A (outil de génération) Permet la génération sans filtrage strict
OpenAI (ChatGPT) N/A (outil de génération) Avertissements mais génération possible

Un problème qui dépasse largement Midjourney

Si Midjourney est aujourd'hui dans le viseur de Disney et NBCUniversal, le problème s'étend à l'ensemble des outils d'IA générative. Des tests réalisés sur d'autres plateformes comme Grok (l'IA de xAI) ou ChatGPT (OpenAI) montrent qu'il est tout aussi facile d'y générer des représentations de personnages protégés.

Certains outils tentent d'instaurer des garde-fous. ChatGPT, par exemple, affiche parfois des avertissements avant de produire des images de personnages sous copyright, indiquant qu'il ne peut générer que des "versions inspirées" et non des reproductions exactes. Cependant, les résultats restent souvent très proches des designs originaux, ce qui soulève les mêmes questions juridiques.

Cette situation met en lumière un défi fondamental pour l'industrie de l'intelligence artificielle : comment concilier la puissance créative de ces outils avec le respect des droits de propriété intellectuelle existants?

Les précédents juridiques qui se multiplient

L'action de Disney et NBCUniversal s'inscrit dans un contexte plus large de contestations juridiques contre les entreprises d'IA générative. D'autres acteurs ont déjà engagé des procédures similaires :

  • Getty Images a poursuivi Stable Diffusion pour reproduction illicite de son logo
  • Anthropic (créateur de Claude) a fait l'objet de plaintes concernant les paroles de chansons
  • Plusieurs auteurs et artistes ont engagé des actions contre diverses plateformes d'IA

Ces différentes procédures soulèvent toutes la même question fondamentale : les entreprises d'IA peuvent-elles légitimement utiliser des œuvres protégées pour entraîner leurs modèles sans obtenir d'autorisation préalable des ayants droit?

La multiplication de ces actions en justice pourrait accélérer l'émergence d'un cadre juridique plus clair concernant l'utilisation des contenus protégés par les générateurs d'images IA. Une évolution nécessaire pour l'industrie, selon de nombreux observateurs.

Le problème fondamental de l'entraînement des IA

Au cœur de ces litiges se trouve la méthode d'entraînement des modèles d'IA générative. Pour fonctionner efficacement, ces systèmes doivent ingérer d'énormes quantités de données – textes, images, vidéos – afin d'apprendre à produire des contenus cohérents et réalistes.

Le problème survient lorsque ces données d'entraînement incluent des œuvres protégées par le droit d'auteur, sans que les créateurs originaux n'aient donné leur consentement ou reçu une compensation. C'est précisément ce que reprochent Disney et NBCUniversal à Midjourney : avoir aspiré et utilisé des milliers d'images de leurs personnages pour entraîner son modèle.

Illustration complémentaire sur Midjourney procès

Les entreprises d'IA ont généralement défendu leurs pratiques en invoquant le concept d'"usage équitable" (fair use) ou en argumentant que leurs modèles ne font pas simplement copier les œuvres mais en créent de nouvelles. Cependant, ces arguments juridiques n'ont pas encore été définitivement tranchés par les tribunaux.

Les implications potentielles pour l'avenir de l'IA générative

L'issue de ce procès pourrait avoir des répercussions considérables sur l'ensemble du secteur de l'IA créative. Plusieurs scénarios sont envisageables :

  1. Restrictions techniques : Les plateformes pourraient être contraintes d'implémenter des filtres plus stricts pour bloquer la génération de contenus protégés.
  2. Accords de licence : Des partenariats entre entreprises d'IA et détenteurs de droits pourraient émerger, permettant l'utilisation légale de certaines propriétés intellectuelles moyennant rémunération.
  3. Modification des méthodes d'entraînement : Les développeurs d'IA pourraient devoir revoir leurs approches pour n'utiliser que des données libres de droits ou sous licence appropriée.
  4. Nouvelle législation : Les gouvernements pourraient intervenir pour établir un cadre légal spécifique à l'IA générative.

Pour les utilisateurs de ces outils, les conséquences pourraient se traduire par des limitations dans les types de contenus qu'ils peuvent générer, ou potentiellement par des coûts supplémentaires si les entreprises d'IA doivent négocier des licences avec les ayants droit.

Les outils IA en graphisme devront probablement s'adapter à ce nouveau paysage juridique en évolution.

Vers un modèle économique plus équitable?

Cette confrontation pourrait également accélérer l'émergence de nouveaux modèles économiques pour l'IA générative. Certains experts suggèrent que les plateformes pourraient évoluer vers un système où les créateurs originaux seraient rémunérés lorsque leurs œuvres sont utilisées pour l'entraînement ou comme inspiration pour de nouvelles créations.

Des initiatives comme celle de Showrunner AI, qui cherche à révolutionner la création de contenu vidéo tout en respectant les droits d'auteur, pourraient préfigurer l'avenir du secteur.

D'autres entreprises travaillent déjà sur des modèles d'IA entraînés exclusivement sur des contenus libres de droits ou sur des données pour lesquelles elles ont obtenu les autorisations nécessaires. Cette approche pourrait devenir la norme si les tribunaux donnent raison aux plaignants dans l'affaire Midjourney.

Conclusion : vers une redéfinition des règles du jeu

L'action en justice intentée par Disney et NBCUniversal contre Midjourney marque un tournant dans la relation entre les industries créatives traditionnelles et les nouvelles technologies d'IA générative. Elle soulève des questions fondamentales sur la propriété intellectuelle à l'ère numérique et pourrait conduire à une redéfinition des règles du jeu pour l'ensemble du secteur.

Si les géants du divertissement obtiennent gain de cause, nous pourrions assister à une transformation profonde de la manière dont les modèles d'IA sont développés, entraînés et commercialisés. À l'inverse, une décision favorable à Midjourney pourrait conforter les pratiques actuelles des entreprises d'IA et potentiellement fragiliser la protection des œuvres créatives.

Dans tous les cas, cette bataille juridique illustre la nécessité d'établir un équilibre entre innovation technologique et respect des droits des créateurs. L'avenir de l'IA générative dépendra en grande partie de la capacité du secteur à trouver ce juste milieu.

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